Formules regroupe les nombreux auteurs pratiquant les « littératures
à contraintes », fondées sur le souci de construction, voire d'hyper-construction
du texte. Elle refuse donc les stéréotypes qui ont cours aujourd'hui : « l'écriture
doit être libre », dit-on, exprimer le moi de l'auteur, n'accepter d'autres
règles que les limites de son vouloir-dire. Or, pareil parti pris condamne l'écrivain
à être l'otage de ses humeurs, de l'air et des manies du temps, en somme à être
moins libre.
Historique
FORMULES est une publication de l'Association « Reflet de
Lettres », (Journal Officiel du 18 Octobre 1995). L'Association « Reflet
de Lettres » avait conclu depuis sa création un accord de partenariat
avec l'Association « Noésis-France », laquelle avait
déjà publié sous ce nom de nombreux ouvrages ayant obtenu l'aide du CNL. Les
éditions Noésis (distinctes de l'Association du même nom) sont devenues notre
éditeur lorsqu'elles ont reçu l'autorisation d'utiliser le nom « Noésis
» par un contrat avec l'Association Noésis-France.
FORMULES est, très précisément, la création d'une Association indépendante
et non pas une création d'éditeur. La page de crédits l'atteste en mentionnant
: « Formules est une publication de l'Association Reflet de
lettres (Saint-Quentin, Aisne) ». Il y est aussi expressément indiqué
que le copyright de la revue en tant que telle appartient à l'Association « Reflet
de Lettres ».
La revue a obtenu en 1997 l'aide à la création de revues du Centre National
du Livre. « Reflet de Lettres », étant domiciliée à la
Bibliothèque Municipale de Saint-Quentin (Aisne), FORMULES bénéficie
également, depuis 1997, d'une aide à la promotion de la Région Picardie.
Les subventions sont perçues par l'Association « Reflet de lettres »
et non par l'éditeur. Celui-ci, les éditions Noésis, assure fondamentalement,
par délégation à CDE/SODIS, notre diffusion / distribution.
FORMULES ne relève pas du domaine universitaire, mais de la création
littéraire et de la recherche intellectuelle.
Spécificité du domaine thématique de la revue
FORMULES est donc une revue annuelle de création ainsi que de théorie
et de critique littéraires ; elle est assez volumineuse (le n° 1 comporte 256
pages, les n° 2, 3 et 4 272 pages, les n° 5 et 6 304 pages, l'actuel numéro
7 328 pages et le prochain numéro 8 comportera 408 pages). À la différence d'autres
revues littéraires, de type généraliste, elle n'entend pas couvrir tout type
d'écriture. FORMULES se limite au contraire, de façon très consciente, à une
forme spécifique : les « littératures à contraintes »
; toutefois, plutôt que de suivre une ligne, elle se propose d'explorer un domaine.
Nous entendons par « contrainte » tout procédé formel
prédéfini permettant de composer des textes littéraires de manière consciente
et rigoureuse. Les « contraintes » sont donc des procédés
d'écriture s'étendant à l'ensemble du texte ainsi produit. Nous nous intéressons
plus particulièrement aux contraintes littéraires peu conventionnelles.
Certes, les travaux des membres de l'OULIPO, comme ceux de Raymond Queneau,
de Georges Perec, d'Italo Calvino ou de Jacques Roubaud, doivent beaucoup aux
« contraintes » telles que nous les envisageons. Cependant,
l'écriture à partir de contraintes n'est pas l'apanage du seul OULIPO. Ainsi,
nous publions des textes à contraintes contemporains, en prose ou en vers, oulipiens
ou non oulipiens. Nous nous intéressons également à l'étude théorique des enjeux
de ce type d'écriture et aux commentaires de textes réalisés soit par leurs
propres auteurs, soit par des chercheurs.
Par ailleurs, l'écriture à partir de contraintes n'est pas un phénomène purement
contemporain, elle est de tous les temps et de toutes les latitudes. Nous consacrons
donc notre rubrique d'érudition à l'étude et à la publication des textes du
passé proche (Raymond Roussel, Mallarmé, etc.) ou lointain (auteurs hellénistiques,
carolingiens, Grands Rhétoriqueurs, maniéristes, baroques, etc.). Nous envisageons
également la publication de textes et d'études de textes de littératures à contraintes
extra-européennes ou en langues européennes peu connues (le numéro 2 comporte
des exemples contemporains de la « cynghanedd » galloise).
Orientation esthétique non dogmatique de FORMULES
FORMULES, loin de tout formalisme vide, fait le pari d'un formalisme
plein. Les « littératures à contraintes » représentent
pour nous l'une des voies majeures de la modernité d'aujourd'hui. Une nouvelle
modernité, différente, surtout, des écritures postmodernes a-formalistes, mais
différente également de la tradition des avant-gardes historiques, tradition
que nous nous proposons de continuer et de repenser en adoptant le point de
vue de la construction de systèmes et de modèles plutôt que celui de la contestation
et de l'iconoclasme des anciens modèles classiques (point de vue qui avait été
privilégié jusqu'à présent).
Certes, nous nous proposons d'étudier, dans le domaine de la recherche théorique
et de l'érudition, toutes les écritures à contraintes, sans autre choix que
celui de l'intelligence critique. Par contre, dans le domaine de la création
contemporaine à contraintes, notre choix esthétique n'est pas éclectique : nous
affirmons notre goût pour la rigueur. FORMULES veut privilégier le plaisir
de la lecture contre la fausse difficulté, le savoir-faire contre l'à-peu-près,
le sens contre le non-sens gratuit. Bien entendu, notre goût pour la rigueur
n'exclut pas la légèreté ni l'humour.
À faire le rapide survol des critiques de presse tant générale que spécialisée,
puis des réponses de lecteurs ou des échos plus confidentiels recueillis au
hasard des rencontres, il se manifeste d'emblée que le pari de la diversité
ciblée qui est le nôtre constitue indéniablement une préoccupation majeure de
tous ceux qui s'intéressent aux écritures sous contrainte. On aurait pu craindre
que le choix exclusif d'un seule tendance de l'écriture littéraire ne nous expose
à la monotonie ou, pire, au dogmatisme. Nous croyons maintenant pouvoir affirmer
le contraire, car cette vigoureuse tendance que nous appelons les « littératures
à contraintes » est bel et bien, comme le proclame sa dénomination,
objectivement plurielle.
C'est pour cette raison, que nous disons que FORMULES ne se propose pas
de suivre une ligne, mais d'explorer un domaine. Cela a été d'emblée bien perçu,
et la diversité des contributions créatives et surtout l'ouverture de notre
projet (y compris à des voix dissidentes ou sceptiques dans notre rubrique «
Polémiques ») sont les traits qui ont été le plus mis en exergue
dans les comptes-rendus de la presse.
Dans le sens de cette politique d'ouverture, nous avons réalisé nos numéros
5 et 6 en collaboration, respectivement, avec la revue TEM (Texte
en Main) et avec la revue perecquienne Le Cabinet d'Amateur. Notre
numéro 8 se fera en collaboration avec la revue Les Amis de Valentin Brû,
spécialisée dans l'étude de l'œuvre de Raymond Queneau.
Orientation francophone
FORMULES se veut une revue de la francophonie xénophile et du rayonnement
de la littérature française, où les écritures à contraintes sont plus fréquentes
que dans les autres littératures occidentales. Un pourcentage très important
de nos collaborateurs écrivent directement en français, sans être pourtant d'origine
francophone. C'est aussi le cas des deux co-directeurs (l'un d'origine belge
flamande, l'autre d'origine argentine).
Diversité des auteurs
FORMULES a déjà rassemblé dans ses sept numéros des créations inédites
d'auteurs comme les oulipiens Jacques Roubaud, Marcel Bénabou, Paul Braffort,
Jacques Jouet Michelle Grangaud, Jacques Bens, Hervé Le Tellier, Ian Monk, et
Oskar Pastior mais aussi des auteurs non oulipiens qui ont produit des textes
à contraintes comme Régine Detambel, Umberto Eco, Douglas Hofstadter, Jean Lahougue,
Pierre Lartigue, Milorad Pavic, Yak Rivais, Léon Robel, Jaime Siles, etc. Nous
avons également republié des textes introuvables modernes, comme la Quatorzine
de Pierre Lartigue, ou anciens, comme le grand poème combinatoire de Porfyre
Optatien, que ces nouveaux « contacts » permettent de lire autrement.
Nous avons multiplié les études sur des auteurs de réference, tels que Poe,
Roussel, ou Mallarmé, mais également sur des auteurs contemporains. Ces études
sont l'œuvre aussi bien de chercheurs indépendants, comme Alain Chevrier ou
Jean Ricardou, que de chercheurs universitaires comme David Bellos, Didier Coste,
Francis Edeline (du Groupe µ), Sjef Houppermans, Jacques Lajarrige, Bernard
Magné, Claudette Oriol-Boyer, Jean-Marie Schaeffer, etc. (nous demandons que
les textes proposés relèvent plutôt de l'essai que de l'article universitaire).
Nous publions régulièrement des auteurs nouveaux comme, dans les numéros 6 et
7, Michel Clavel et Jacques Perry-Salkow.
Présence de FORMULES dans le panorama culturel
REVUE DE PRESSE : En l'espace de six numéros, FORMULES est devenue «
LA revue de littératures à contraintes » (France Culture, Les Jeudis
Littéraires). Elle a bénéficié d'un accueil très favorable de la grande presse
: Patrick Kéchichian (le Monde) a écrit qu'il était « urgent de
se reporter à l'éditorial du premier numéro de Formules ». Tout
aussi favorable a été l'accueil de la presse littéraire : La Quinzaine Littéraire,
par exemple, a parlé de son « exceptionnelle puissance créatrice ».
ArtPress a mis en relief que Formules « réexamine le statut
des littératures à contraintes, le défi qu'elles jettent au jugement esthétique
». Des notices lui ont été consacrées également dans plusieurs livres
récemment parus, comme dans le Dictionnaire de la Contestation au XXème
siècle, ou dans Salut les Modernes, de Christian Prigent, ou dans
Célébration de la Poésie, de Henri Meschonnic.
Avertissement
Formules est une revue traitant d'un domaine particulier, celui des littératures
à contraintes. Les envois spontanés sont encouragés, pourvu
qu'ils soient en rapport avec ce domaine ; toutefois Formules ne
maintiendra pas de correspondance avec les auteurs des textes refusés,
qui ne seront pas retournés. Les auteurs publiant dans Formules
développent librement une opinion qui n'engage pas la revue. Cependant,
Formules se donne pour règle de ne jamais publier de textes antidémocratiques
ou contraires à la dignité de la personne humaine.